♥ En direct des Chorégies, opéra n°2 ♥
♫ Que le diable soit avec vous ! ♫
Tout le monde connaît le célèbre air des Bijoux de Marguerite, air popularisé par Hergé dans les aventures de Tintin, via le personnage de l'excentrique Castafiore ... Et beaucoup connaissent aussi le mythe de Faust, vieux conte populaire allemand, rendu universel par Goethe : le vieux docteur Faust qui vend son âme au diable ...
Cet opéra est fabuleux. Au moment de prendre mes places pour les Chorégies, j'en connaissais déjà quelques airs qui m'avaient donné envie de voir l'opéra en entier. Et je n'ai pas été déçue !
Et puis c'est sûr, l'affiche des Chorégies d'Orange 2008 me faisait baver d'envie :
Roberto Alagna - Faust,
Inva Mula - Marguerite,
René Pape - Méphistophélès,
Mise en scène Nicolas Joel (futur directeur de l'opéra de Paris),
Direction Michel Plasson ... tout ça, ça fait beaucoup de gens connus et reconnus !
La mise en scène de Nicolas Joel est somptueuse, avec cet orgue géant qui fait office de décor ... mais dommage, cette fois-ci, ils n'ont pas du tout valorisé le mur antique d'Orange... M'enfin, c'est pas si grave. Et puis, en regardant la version télévisée (qui est diffusée ... exactement ... maintenant ^^), on n'imagine pas l'immensité du décor (théâtre antique romain, 9000 places tout de même !).
France télévision m'offre donc la chance de voir cet opéra deux fois de suite à trois jours d'intervalle. C'est troublant ! Un soir, je suis à Orange, je vis l'opéra en vrai ... et le surlendemain, je le regarde à la télé. Eh bien je vais vous dire, CA N'A RIEN A VOIR !! Effectivement, un opéra à la télé, ça met une barrière (l'écran) entre l'histoire et le spectateur.
Rien ne vaut le vrai Faust !!! Mais pour le grand public, c'est une grande chance de pouvoir voir un tel opéra, dans un tel cadre, et gratuitement !
♫ Le veau d'or est toujours debout ! ♫
Livret : le docteur Faust vend son âme à Méphisto, l'envoyé du diable, pour retrouver sa jeunesse perdue. Il s'éprend de la belle Marguerite, mais tout tourne mal, car désormais l'âme de Faust appartient à Méphisto ...
Marguerite donne naissance à un enfant. Seule, abandonnée par Faust (qui entre temps est devenu alcoolo), perd la raison. Elle est d'autant plus seule que Faust a tué le frère de celle-ci en duel. Marguerite tue alors son enfant et se retrouve en prison.
Faust, descendu en enfer avec Méphisto, savoure les plaisirs de ce monde, mais finit par être rongé de remords. C'est finalement lui qui subira la souffrance éternelle ; l'âme de Marguerite, restée pure malgré tout, sera sauvée.
Ma note : 9/10. L'une des meilleurs oeuvres lyriques à ma connaissance, malgré quelques petites chutes de tension dans certains passages.
Les + : la musique est absolument SOMPTUEUSE. C'est d'une poésie débordante, d'un lyrisme raffiné et empli de sincérité. Les personnages sont excellents. J'aime tout particulièrement le personnage de
Méphisto, envoyé du diable (ou diable lui-même ? nul ne le sait), interprété par une voix de basse ... le rôle fait frémir. Méphisto a beaucoup d'humour mais gare à lui, il est terrifiant, rien qu'à ses yeux ! Bien sûr, l'histoire est palpitante : c'est du Goethe,
que diable (héhé) ! Et chaque scène est parfaitement mise en valeur par un air splendide, surtout les scènes dramatiques ou les scènes de groupe. Egalement, j'aime bien le personnage de Marguerite, qui évolue bien (au début, elle est un peu nunuche, puis elle devient responsable, puis carrément lucide et sombre, et ça, c'est stylé !). Le +++ de cet opéra, c'est la modernité du sujet et de l'angle d'attaque : le mal incarné est-il vraiment quelque chose de condamnable ? On aurait presque envie de l'aimer, le diable ... Et l'enfer ressemble étrangement à un paradis ...
Les - : à mon sens, le suspens et la tension retombent un peu entre l'acte III et l'acte IV (entre le départ de Faust et le désespoir de Marguerite). Mais ce n'est pas de l'avis de tout le monde (en plus, j'avais envie de dormir, car il était déjà 1h du matin à ce moment de la partition !). Et puis ça redevient tout de suite bien, lorsque l'acte IV commence vraiment.
Autrement, je trouve la fin de l'opéra un peu douteuse : on ignore ce que devient Faust.
Un dernier détail : je trouve le personnage principal (Faust) un peu fade comparé à la grand' classe de Méphisto. J'étais déçue (surtout que j'étais aussi venue pour voir Roberto Alagna chanter !)
Finalement, le personnage principal, ce serait presque Méphisto ... Du coup, c'est un peu perturbant (on s'attend à de grands airs de la part du ténor, et on se retrouve avec des chants de basse !), mais c'est tout de même osé ! Et ce point là ne me déplaît pas, puisque j'aime beaucoup Méphisto (j'adore particulièrement la scène de l'orgue, entre Marguerite et Méphisto) ^^ Et puis c'est rare que la basse soit aussi bien mise en valeur !
Commentaires : ancré dans son siècle, et pourtant résolument moderne, cet opéra a tout pour plaire : la forme et le fond. En guise de forme, une somptueuse partition, des personnages attirants et une histoire palpitante. En guise de fond, une vraie réflexion métaphysique sur les notions de bien et de mal, sur la mort, l'enfer, la jeunesse, les apparences ...
A Gounod, j'aurais envie de dire : bravo maestro !Prochaine représentation : Chorégies Orange, aujourd'hui même ! Cet opéra est diffusé au moment où je vous parle, sur France 2, et ce jusqu'à 1h30 du matin ! ENJOY !
Airs célèbres :